La logique des investissements non financiers de l'État
Dans le discours public, la notion de "retour sur investissement" (ROI) est presque systématiquement associée à des gains financiers. Cependant, pour un État, la valeur la plus significative de ses investissements, notamment dans les infrastructures collectives, se mesure souvent en termes non monétaires. Il s'agit d'une valeur stratégique, institutionnelle et sociale. L'investissement dans la coordination interministérielle, la mise en place de plateformes de données partagées ou le renforcement des cadres réglementaires ne génère pas de profits directs, mais il produit des bénéfices collectifs inestimables : résilience accrue face aux crises, optimisation de l'utilisation des ressources publiques, confiance citoyenne renforcée et continuité des services essentiels. C'est ce "ROI public" qui constitue le fondement d'une société stable et prospère.
La coordination des infrastructures n'est pas une dépense, mais un investissement dans la cohésion et l'efficacité de l'action publique. Elle permet de prévenir les redondances, d'anticiper les conflits d'usage et d'aligner les objectifs sectoriels (santé, transport, énergie) vers une vision commune du bien-être collectif. Cette approche systémique transcende les bilans financiers pour se concentrer sur la durabilité et la performance à long terme de l'ensemble de l'écosystème québécois.
Planification à long terme et pérennité des systèmes
La planification à long terme est l'antithèse de la gestion à courte vue, souvent dictée par les cycles politiques ou budgétaires. Pour les infrastructures collectives, dont la durée de vie s'étend sur des décennies, une perspective à long terme n'est pas une option, mais une nécessité. Cela implique d'anticiper les évolutions démographiques, les changements climatiques et les ruptures technologiques. La coordination intersectorielle est la clé de voûte de cette planification. Elle seule permet de construire des scénarios d'avenir robustes et d'élaborer des stratégies d'adaptation qui protègent la pérennité des systèmes.
La pérennité ne se limite pas à la durabilité matérielle des ouvrages. Elle englobe également la résilience opérationnelle, la sécurité des données et la capacité des institutions à évoluer. Un système d'infrastructures pérenne est un système capable d'absorber les chocs, de s'adapter aux nouvelles réalités et de continuer à fournir des services de haute qualité à la population, quelles que soient les perturbations.
Création de valeur institutionnelle et collective
Comment la coordination crée-t-elle de la valeur ? En transformant une collection d'actifs et d'organisations en un véritable système intégré. La valeur institutionnelle naît de la clarté des rôles, de la fluidité de la communication et de la confiance mutuelle entre les acteurs. Lorsque le ministère des Transports, Hydro-Québec et les autorités de santé publique collaborent de manière transparente sur la planification d'un nouveau quartier, la valeur créée dépasse largement la somme des parties. On évite des coûts futurs de réajustement, on optimise l'espace et on conçoit un environnement de vie plus cohérent et agréable pour les citoyens.
La valeur collective, quant à elle, se manifeste par des bénéfices tangibles pour la société : réduction des temps de transport, fiabilité du réseau électrique, accès équitable aux services de santé, etc. Cette valeur est le véritable indicateur de performance de la gouvernance des infrastructures. Elle justifie l'investissement public et légitime l'action de l'État dans ce domaine stratégique.
Collaboration entre les acteurs clés
Une coordination efficace repose sur des mécanismes de collaboration formels et informels entre une multitude d'acteurs : ministères, agences gouvernementales, municipalités, sociétés d'État, organismes de régulation et institutions de recherche. Les modèles de collaboration réussis s'appuient sur des comités interministériels, des plateformes de partage d'informations géospatiales, des cadres de gestion des risques communs et des mandats clairs. Le rôle des universités et des centres de recherche est également crucial, car ils fournissent l'expertise et les analyses indépendantes nécessaires pour éclairer les décisions et innover dans les pratiques de gestion.
Cette collaboration multisectorielle est le moteur de l'intelligence collective de l'État. Elle permet de passer d'une logique de "silos" à une culture de la coopération, où le succès de chaque entité est intrinsèquement lié au succès du système dans son ensemble. C'est dans cette synergie que réside la véritable force des infrastructures collectives du Québec.